Vaccination, scolarité et perspectives d'avenir : La vaccination prévient les infections infantiles et protège la croissance et le développement de l'enfant, ses résultats scolaires, ses futurs revenus et sa productivité

Vaccination : aider les enfants à réfléchir, à apprendre et à prospérer

Un enfant en bonne santé est plus susceptible d’aller à l’école, d’obtenir de meilleurs résultats scolaires et de fréquenter l’école plus longtemps qu’un enfant qui est souvent malade ou qui a souffert d’incapacités permanentes en raison d’une maladie. Dans ce numéro, VoICE étudie les effets des infections évitables par la vaccination sur le développement cognitif et la scolarisation, et met en évidence les preuves de l’effet que la vaccination peut avoir sur la protection du développement neurologique, des perspectives éducatives et, en fin de compte, de la productivité future de l’enfant.

Messages clés

  1. Les maladies infantiles courantes empêchent les enfants d’aller à l’école. Les enfants vaccinés manquent moins l’école.
  2. Les épisodes de diarrhée récurrents dans la petite enfance peuvent retarder le début de la scolarisation et affecter la croissance physique et le développement cognitif normal pendant l’enfance. Le rotavirus évitable par la vaccination est la cause la plus fréquente de diarrhée aiguë.
  3. La vaccination contre la rougeole peut augmenter le nombre d’années de scolarité d’un enfant et également améliorer ses scores cognitifs, comparativement aux enfants non vaccinés.
  4. Certaines infections évitables par la vaccination comportent des risques de déficiences auditives, psychosociales et neurologiques à long terme qui ont un impact négatif sur le fonctionnement social et les perspectives éducatives de l’enfant.
  5. En moyenne, à l’échelle mondiale, chaque année de scolarité supplémentaire peut augmenter les revenus futurs d’un adulte de plus de 12 %.

 

La vaccination protège les perspectives d’avenir de nos enfants

La plupart des gens pensent que les vaccins sont importants pour prévenir des maladies et des infections spécifiques pendant l’enfance, mais ils peuvent ne pas se rendre compte à quel point la vaccination peut renforcer les perspectives d’avenir d’un enfant pendant ses années scolaires et au-delà. Un nombre croissant de données met en lumière le lien entre la vaccination et l’amélioration des fonctions cognitives, de l’éducation et, en fin de compte, de la productivité des adultes. En substance, la vaccination peut contribuer à l’amélioration des capacités d’apprentissage, de réflexion et d’épanouissement social d’un enfant grâce à son niveau d’instruction, à son raisonnement cognitif et à ses aptitudes à réfléchir. Vaccination, scolarisation et perspectives d'avenir : Les infections infantiles évitables par la vaccination sont à l'origine de jours d'école ratés, d'un début de scolarisation retardé, d'un impact négatif sur la croissance et la cognition, d'incapacités à long terme affectant l'éducation et de troubles neurologiques. Tout cela peut conduire à une baisse du niveau scolaire atteint et à une diminution du potentiel de revenus futurs.

Maladies évitables par la vaccination, vaccination et niveau de scolarisation atteint

Les enfants vaccinés manquent moins de jours d’école

Le lien le plus évident entre la vaccination et l’éducation réside dans le fait que la prévention d’épisodes de maladie signifie que les enfants manquent moins de jours d’école. Une étude sur l’absentéisme scolaire aux États-Unis a révélé que près de 50 % des absences étaient dues à une maladie. Une deuxième étude américaine a révélé que dans les écoles qui offraient le vaccin antigrippal à leurs élèves, le risque de contracter la grippe était réduit de 30 %, quel que soit le statut vaccinal de l’enfant. Les enfants vaccinés contre la grippe ont manqué 1,5 jour d’école de moins pour 100 jours d’école que ceux qui n’ont pas reçu de vaccin antigrippal. Il y a trente ans, les infections varicelleuses (varicelle) forçaient les enfants à rater près de neuf jours d’école, sans compter les heures de travail manquées par les parents qui s’occupaient de l’enfant malade. Mais l’introduction du vaccin contre la varicelle, en 1995, a considérablement réduit le nombre d’infections, d’hospitalisations et de décès dû à cette infection courante, prévenant ainsi plus de 3,5 millions de cas chaque année, aux États-Unis, selon le CDC.

Infections et retards scolaires

Le rotavirus est la cause la plus fréquente de diarrhée aiguë chez les jeunes enfants du monde entier, et des chercheurs brésiliens ont découvert que les épisodes de diarrhée récurrents affectent les niveaux de préparation à l’école et d’éducation à long terme. Chez les enfants des bidonvilles brésiliens, plus le nombre d’épisodes de diarrhée persistante avant l’âge de deux ans était élevé, plus le niveau de préparation scolaire de cet enfant était retardé. Dans l’ensemble, chaque épisode de diarrhée a retardé de 0,7 mois la rentrée scolaire d’un enfant. De façon similaire, six à dix ans plus tard, l’augmentation des épisodes de diarrhée avant l’âge de deux ans prédisait des retards du niveau scolaire correspondant à l’âge. Certaines infections, bien que rares comme la méningite tuberculeuse, augmentent considérablement le risque de retards éducatifs majeurs. D’après une étude menée au Cap-Occidental, en Afrique du Sud, chez des enfants ayant survécu à la méningite tuberculeuse, mais en assez bonne santé pour aller à l’école, plus de la moitié avaient redoublé au moins une année scolaire. Retard scolaire : la rentrée scolaire peut être retardée par des épisodes de diarrhée récurrents durant la petite enfance

Le vaccin contre la rougeole peut contribuer à accroître le niveau d’éducation reçu

L’infection provoquée par le virus de la rougeole a un impact négatif prolongé bien connu sur le système immunitaire, ce qui augmente le risque de contracter d’autres maladies, jusqu’à trois ans après s’être rétabli de la rougeole. Une analyse effectuée en 2019 sur des données d’enquête auprès d’enfants en âge scolaire en Éthiopie, en Inde et au Vietnam, montre que les enfants vaccinés contre la rougeole ont atteint 0,2 à 0,3 année de scolarité supplémentaire par rapport aux enfants qui n’ont pas reçu le vaccin contre la rougeole. Comme le montre le graphique ci-dessous, cette valeur peut atteindre 0,8 année de scolarité à l’âge de 11 à 12 ans. De même, des données provenant d’une communauté sud-africaine appauvrie et en grande partie rurale, ont montré que pour six enfants vaccinés contre la rougeole, une année d’études supplémentaire avait été obtenue. En ce qui concerne la scolarisation initiale, l’introduction progressive du vaccin contre la rougeole au Bangladesh dans les années 1980, a donné aux garçons plus de 7 % de chances d’être inscrits à l’école s’ils étaient vaccinés au cours de la première année de leur vie, comparativement aux garçons non vaccinés ou à ceux vaccinés plus tard dans l’enfance. Cet effet n’a pas été observé chez les filles, mais peut suggérer que la santé physique et cognitive globale des enfants – en raison de leur statut vaccinal contre la rougeole – a joué un rôle dans les décisions des parents d’inscrire leurs enfants à l’école. Association entre le vaccin contre la rougeole et l'augmentation de la scolarisation : en comparant les années de scolarité accomplies à l'âge de 11 à 12 ans, entre les enfants vaccinés et non vaccinés, les enfants non vaccinés en Éthiopie ont accompli trois années de scolarité (contre 3,8 années pour les enfants vaccinés), tandis qu'en Inde, les enfants non vaccinés ont accompli 5,1 années de scolarité (contre 5,5 années pour les enfants vaccinés) et qu'au Vietnam, les enfants non vaccinés ont accompli 5,5 années de scolarité (contre 5,8 années chez les enfants vaccinés).

La vaccination maternelle peut favoriser l’éducation d’un enfant

En 1974, un essai randomisé sur le vaccin contre le tétanos a été conçu pour déterminer dans quelle mesure la vaccination maternelle protégerait les nourrissons nés de mères au Bangladesh, contre le tétanos. L’étude a montré une réduction significative du risque d’infection au tétanos et de décès chez les nourrissons nés de mères ayant reçu le vaccin. Vingt ans plus tard, les chercheurs ont notamment constaté que le niveau de scolarité des enfants dont la mère avait reçu le vaccin contre le tétanos, pendant la grossesse, était nettement plus élevé. Cette observation s’explique par le fait que jusqu’à 50 % des enfants qui survivent au tétanos néonatal peuvent souffrir d’une déficience cognitive à long terme due à l’infection.

Les maladies évitables par la vaccination affectent la capacité d’apprentissage, de réflexion et de fonctionnement social

Les déficiences à long terme résultant d’infections évitables par la vaccination peuvent réduire les perspectives éducatives d’un enfant de plusieurs manières. Non seulement la déficience elle-même peut constituer un obstacle à l’apprentissage et à la productivité future, comme dans les cas de retards cognitifs importants, mais le soutien éducatif des enfants touchés par ces déficiences et d’autres peut être absent ou inexistant. Dans de nombreux endroits à travers le monde, les systèmes éducatifs et les écoles locales sont surexploités et incapables de fournir une assistance spécialisée aux enfants atteints de déficiences auditives, visuelles, développementales ou autres. Les infections évitables par la vaccination qui surviennent pendant l'enfance peuvent nuire à l'éducation de l'enfant.

Déficiences auditives

Avant l’introduction du vaccin conjugué contre le pneumocoque (VPC) aux États-Unis, le pneumocoque était la cause la plus fréquente d’infections auditives graves et récurrentes chez les enfants. Comparée à une méningite mettant en jeu le pronostic vital ou à une pneumonie grave provoquée par une infection pneumococcique, une infection de l’oreille peut sembler insignifiante. Mais en termes d’apprentissage, les infections de l’oreille peuvent avoir de graves conséquences. Les infections multiples de l’oreille, au cours de la petite enfance, augmentent le risque de perte auditive, et de plus, la parole et le langage se développent en même temps que la période durant laquelle la plupart des enfants présentent le plus grand risque d’infections de l’oreille. Selon une étude menée aux États-Unis en 1990, ces facteurs expliquent pourquoi les enfants qui ont passé plus de temps avec des infections auriculaires, pendant la petite enfance, présentaient un développement de la cognition, de la parole, du langage et même un QI inférieurs à ceux ayant moins souffert d’infections de l’oreille. Plus récemment, en 2015, un examen des déficiences à long terme consécutives à une méningococcie invasive – qui est relativement rare à l’ère des vaccins contre le méningocoque – a révélé que cette pathologie était significativement associée à une perte auditive permanente chez les survivants.

Déficiences sociales et psychologiques

Les troubles comportementaux, sociaux et psychologiques constituent un autre ensemble de défis existants pour les survivants de maladies évitables par la vaccination. L’examen sur la méningococcie invasive, mentionnée ci-dessus, a mis en évidence des données probantes selon lesquelles les enfants ayant survécu à des infections invasives à méningocoque étaient près de 15 % plus susceptibles de développer des troubles psychologiques significatifs, trois à cinq ans après la maladie, comparativement aux enfants n’ayant pas eu la maladie, tandis que deux études ont remarqué une association significative entre la maladie et le développement ultérieur du trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

Infections du cerveau, infections cérébrales évitables par la vaccination et déficiences cognitives à long terme

Les vaccins peuvent prévenir plusieurs causes d’infections graves du cerveau et d’autres régions cérébrales comme la méningite ou l’encéphalite. Non seulement ces types d’infections sont mortels, mais ils sont aussi fortement associés à des troubles de la réflexion et de l’apprentissage post-infection, persistant parfois pour le restant de la vie. Les vaccins qui préviennent ces infections contribuent ainsi à protéger et à préserver toute capacité future d’apprentissage, d’engagement social et d’épanouissement au sein de la société. L’infection au virus de l’encéphalite japonaise (JEV), qui circule presque exclusivement en Asie, entraîne habituellement des symptômes légers ou indétectables. Cependant, chez ceux qui développent une encéphalite, c’est-à-dire une inflammation grave du cerveau, 1 personne sur 4 ne survit pas. D’autre part, jusqu’à 50 % des survivants souffrent d’incapacités cognitives, psychologiques ou neurologiques permanentes. Un vaccin efficace est disponible et l’OMS recommande son inclusion dans les calendriers nationaux de vaccination des pays fortement touchés. La méningite, qui peut avoir des causes virales ou bactériennes, est une autre infection potentiellement mortelle du système nerveux central. La majorité des cas de méningites les plus graves étaient causés par trois bactéries – pneumocoque, Hib et méningocoque – qui sont maintenant en grande partie évitables par la vaccination. Les infections à pneumocoque, à la bactérie Hib et à méningocoque sont à l’origine de la majorité des décès par méningite chez les enfants, et d’un nombre important de déficiences cognitives permanentes, ce qui fait de leur prévention une priorité pour préserver les perspectives d’avenir de l’enfant. En Gambie, 58 % des enfants qui ont survécu à la méningite pneumococcique ont ressenti des effets négatifs durables sur leur santé. La moitié présentait des déficiences majeures telles qu’un retard mental, une perte auditive, des anomalies motrices et des convulsions. Un examen systématique des documents existants concernant les études menées en Afrique a révélé que 25 % des enfants qui ont survécu à la méningite à pneumocoque ou à la bactérie Hib présentaient des déficits neuropsychologiques.

Lien entre la diarrhée, la croissance physique et la cognition

Surtout pendant la petite enfance, une nutrition de bonne qualité et une croissance physique satisfaisante sont nécessaires pour assurer un développement cognitif normal. La diarrhée, en particulier la diarrhée grave ou récurrente, limite l’absorption des nutriments par l’organisme, ce qui peut affecter le développement physique et cognitif à long terme. (Voir l’édition spéciale de VoICE sur la nutrition, la croissance et le développement). Plusieurs infections à rotavirus peuvent être prévenues en utilisant les vaccins existants. La prévention de la diarrhée est un autre moyen de préserver le développement cognitif, sur la base de ces faits révélateurs :

Certains vaccins ont été associés à une amélioration de l’apprentissage et du développement cognitif

Certaines données probantes recueillies au cours des dix dernières années indiquent un lien positif entre la vaccination durant la petite enfance, et un gain correspondant au cours de tests cognitifs et d’apprentissage, plus tard dans l’enfance. Une étude mineure menée aux Philippines a révélé que les enfants vaccinés avec six vaccins de base obtenaient de meilleurs résultats à trois tests cognitifs (verbaux, mathématiques et linguistiques) à l’âge de 11 ans, comparativement aux enfants qui n’avaient reçu aucun de ces six vaccins. Une analyse menée en 2019 sur des données d’enquête provenant de l’Inde, de l’Éthiopie et du Vietnam a révélé que les enfants vaccinés contre la rougeole obtenaient de meilleurs résultats aux tests cognitifs de développement linguistique, de mathématiques et de lecture que les enfants qui n’avaient pas reçu de vaccin contre la rougeole.

La vaccination en tant qu’investissement dans la productivité future

Dans un rapport sur l’étude philippine sur la cognition et la vaccination, David Bloom et ses collègues de l’Université de Harvard notent que l’amélioration de la santé d’un enfant se traduit par un meilleur potentiel de revenu et de productivité à l’âge adulte, et décrivent donc la vaccination comme « un investissement dans le capital humain », en soulignant plusieurs études qui appuient cette idée. Le niveau d’instruction joue un rôle important dans l’équation permettant de récolter les fruits de ces investissements. Un examen des rendements apportés par la scolarité dans le monde, mené en 2014 par la Banque mondiale, a révélé une relation positive significative entre les années de scolarité supplémentaires et les revenus futurs des adultes. Non seulement les rendements dus à la scolarité étaient plus élevés dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, mais en plus, les rendements dus à la scolarité qui étaient les plus importants provenaient des années d’enseignement primaire – années au cours desquelles l’influence des maladies de la petite enfance est la plus forte. Le rapport conclut qu’en moyenne, dans toute l’Afrique, une année de scolarité supplémentaire entraînerait une augmentation de 12,4 % des revenus futurs des adultes. Un enfant en bonne santé est plus susceptible d’aller à l’école, d’obtenir de meilleurs résultats scolaires et de fréquenter l’école plus longtemps qu’un enfant souvent malade ou souffrant d’incapacités permanentes en raison d’une maladie. La liste des conséquences dues aux maladies évitables par la vaccination est longue et effrayante. Chaque menace effacée de cette liste par la vaccination est un autre obstacle en moins à la scolarisation de l’enfant et à une vie adulte pleine et productive. Vaccination, scolarité et perspectives d'avenir : La vaccination prévient les infections infantiles et protège la croissance et le développement de l'enfant, ses résultats scolaires, ses futurs revenus et sa productivité

Commentaire des éditeurs de VoICE

Les documents examinant les liens entre la vaccination, l’éducation et la cognition représentent un réseau complexe de domaines de recherche couvrant l’épidémiologie, les neurosciences, l’économie, l’éducation et la démographie. Les études portant spécifiquement et quantitativement sur les relations entre les vaccins et l’éducation ou la cognition sont relativement peu nombreuses, et certaines sont plus anciennes que les documents généralement couverts par VoICE. Bien que le lien positif entre la vaccination et le niveau de scolarité soit généralement accepté, l’absence de nouvelles études sur ce sujet souligne la nécessité de mettre encore plus l’accent sur ce domaine d’étude. Bien qu’il soit difficile de quantifier l’effet de la vaccination sur l’éducation et la productivité future, à cause de la complexité de ces liens, tous les documents examinés dans VoICE démontrent une relation nettement positive – et logique – entre la vaccination et l’amélioration de la pensée, du développement social, de la scolarité et de la réussite scolaire.