Vaccination de la mère : protégés ensemble

La vaccination de la mère est une stratégie prometteuse pour la protection des mères, des fœtus en développement et des jeunes nourrissons au cours d’une période particulièrement vulnérable de leur vie, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire où la morbidité et la mortalité chez les femmes et leurs enfants sont élevées. Pendant la grossesse, les vaccins permettent aux anticorps de la mère de pénétrer dans le placenta, protégeant ainsi les mères et leurs bébés contre les maladies mettant leur vie en danger.

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Messages clés

  1. La vaccination de la mère est une stratégie importante pour protéger les nourrissons et les nouveau-nés au cours de la période où ils sont le plus vulnérables, avant qu’ils puissent recevoir leurs propres vaccins.
  2. La fourniture de soins prénatals de première importance pendant la grossesse peut comprendre la vaccination contre des maladies, telles que la grippe, la coqueluche et le tétanos, ce qui permet d’aider la mère et le bébé à survivre et à rester en bonne santé.
  3. Les complications des infections évitables par la vaccination pendant la grossesse et la petite enfance peuvent avoir des répercussions sanitaires et économiques indirectes sur les personnes, les familles, les communautés et les systèmes de santé.
  4. La vaccination de la mère est une occasion cruciale de placer la santé de la mère et du nouveau-né au premier plan des objectifs en matière de santé et de développement, ainsi que de stimuler les progrès vers les Objectifs de développement durable (ODD) 3.

La vaccination de la mère : la période de vulnérabilité

Les nouveau-nés étant trop jeunes pour recevoir la plupart des vaccins, ils ne sont pas protégés contre de nombreux agents pathogènes pouvant causer des infections graves et entrainer une hospitalisation, des problèmes de santé à long terme ou le décès. La vaccination de la mère constitue une occasion privilégiée de protéger l’enfant à naître, le nouveau-né et, dans de nombreux cas, la mère contre des maladies évitables.

L’administration de vaccins pendant la grossesse non seulement renforce l’immunité de la mère contre des agents pathogènes dangereux, mais les anticorps de la mère peuvent être transmis à son bébé à naître in utero par le placenta ou par le lait maternel. Dans le cas des nouveau-nés, ces anticorps maternels offrent une protection essentielle pendant cette « période de vulnérabilité » lorsque les nourrissons sont trop jeunes pour recevoir leurs propres vaccins.

 

Lackritz EM, Stepanchak M, Stergachis A. Maternal immunization safety monitoring in low- and middle-income countries: a roadmap for program development. Bill & Melinda Gates Foundation and Global Alliance to Prevent Prematurity and Stillbirth (GAPPS), 2017.

 

La période néonatale est cruciale pour la survie de l’enfant

La mort évitable d’un seul enfant est déjà trop. Une analyse de l’OMS montre que les 28 premiers jours de la vie d’un bébé, aussi appelés période néonatale, sont ceux où la survie d’un enfant est la plus menacée. Selon des estimations de 2018, environ 2,5 millions de nouveau-nés meurent chaque année dans le monde au cours du premier mois de leur vie.

Un rapport de 2015 de la Fondation Bill et Melinda Gates a évalué les possibilités de vaccination des mères dans des contextes où les ressources étaient limitées, estimant que plus de la moitié des décès néonatals au cours du premier mois de la vie des nouveaux-nés sont liés à des infections (22 %). Lorsque cette infection peut être évitée par la vaccination, la vaccination de la mère peut aider à protéger les mères, le fœtus à naître et les nourrissons pendant cette période de vulnérabilité.

Les taux de mortalité infantile ont chuté considérablement, mais les progrès ne sont pas été identiques pour tous les âges.

 

La vaccination de la mère peut prévenir des effets néfastes graves et coûteux sur la santé

Plusieurs études ont révélé que les femmes enceintes et les nourrissons de moins de 6 mois présentent un risque accru de maladie grave attribuable à des maladies infectieuses, telles que la grippe et la coqueluche, qui peuvent entrainer une hospitalisation ou une admission dans des services de soins intensifs.

  • Une étude américaine1 de grande envergure a montré que les nourrissons nés de mères ayant déclaré avoir reçu le vaccin contre la grippe pendant leur grossesse présentaient un risque 81 % plus faible d’hospitalisation à cause de la grippe, par rapport aux nourrissons dont les mères n’avaient pas reçu le vaccin contre la grippe.
  • Une étude menée en 20172 aux États-Unis a révélé que les femmes ayant reçu le vaccin dcaT au cours de leur troisième trimestre de grossesse protégeaient à hauteur de 81 % leur nourrisson de <deux mois contre la coqueluche et les protégeaient à hauteur de 91 % contre une hospitalisation pour la coqueluche.
  • Une analyse de 20183 des données du Népal, du Mali et de l’Afrique du Sud a rassemblé des preuves établissant que la vaccination de la mère contre la grippe peut réduire les épisodes de pneumonie aiguë chez les nourrissons de <6 mois. Dans l’ensemble, le taux d’incidence de la pneumonie aiguë était 20 % plus faible chez les nourrissons du groupe où la mère était vaccinée que chez le groupe témoin, bien que ce taux varie selon le pays.

 

Réduire les inégalités en matière de santé maternelle et infantile

Les données de 2017 montrent que plus de 800 femmes dans le monde meurent chaque jour en raison de causes évitables liées à la grossesse et à l’accouchement. Ces décès sont inégalement répartis. La grande majorité des décès maternels (94 %) survient dans des contextes où les ressources sont limitées et ont d’immenses répercussions sur les populations les plus pauvres et les plus vulnérables, ainsi que sur les communautés de femmes et d’enfants dont l’accès aux soins de santé courants est le plus limité.

Bon nombre des obstacles qui empêchent les femmes de recevoir ou de trouver des soins pendant la grossesse et l’accouchement sont les mêmes que ceux qui empêchent leurs enfants d’avoir accès à des vaccins vitaux :

  • La pauvreté
  • La distance qui les sépare des établissements de santé
  • Le manque d’informations
  • Les services inadaptés et de mauvaise qualité
  • Les croyances et pratiques culturelles
https://data.unicef.org/topic/child-survival/neonatal-mortality/

 

La vaccination comme porte d’entrée aux services de santé maternelle

Depuis sa création en 1974, le Programme élargi de vaccination (PEV) vient désormais en aide à 85 % des enfants du monde entier en leur fournissant des vaccins vitaux. Grâce à sa solide infrastructure de prestation de services, la vaccination peut être une passerelle permettant de connecter les femmes et leurs familles à des services de santé supplémentaires. Un rapport de 2019 du projet MIACSA (Maternal Immunization and Antenatal Care Situation Analysis [analyse de la situation sur la vaccination de la mère et les soins prénatals]) de l’OMS suggère que l’intégration de la vaccination à d’autres services prénatals est une stratégie prometteuse qui peut conduire à « une plus grande couverture, une meilleure efficacité du système, une meilleure satisfaction des bénéficiaires et une demande accrue ».

Le solide réseau de services du PEV a les moyens d’intégrer d’autres interventions en matière de santé génésique, maternelle, néonatale et infantile à la vaccination. Un résumé des connaissances de 2013 décrit comment, grâce à une planification réfléchie et mesurée, les interventions sanitaires non vaccinales peuvent être intégrées aux consultations pour vaccination afin de créer une « base de programme grâce à laquelle de vastes services peuvent être fournis équitablement et pouvant donner un élan bénéfique à la couverture du PEV ».

 

Les mères qui ont recours aux services de santé maternelle sont plus susceptibles d’avoir des enfants totalement vaccinés

L’UNICEF signale qu’environ 86 % des femmes enceintes dans le monde bénéficient d’une consultation pour des soins prénatals auprès d’un prestataire de soins de santé qualifié au moins une fois au cours de leur grossesse. Toutefois, selon les directives actuelles de l’OMS, les femmes doivent bénéficier de huit consultations prénatales ou plus au cours d’une grossesse. Pour de nombreuses femmes, en particulier celles vivant dans les PFR-PRI, la grossesse peut être pour elles le premier contact avec des services de santé officiels. Plusieurs études effectuées dans différents pays ont montré que l’accès aux services de santé maternelle était également associé à des taux plus élevés de vaccination chez les enfants.

  • Au Pakistan4, les femmes ayant obtenu trois ou quatre consultations pour des soins prénatals avaient des enfants 40 à 60 % plus susceptibles de recevoir tous les vaccins requis à temps par rapport aux enfants dont la mère n’avait obtenu qu’une ou deux consultations pour des soins prénatals.
  • Une étude nigériane de 20195 a révélé que la fréquentation des soins prénatals, des sages-femme qualifiées et des soins postnatals étaient associés dans une large mesure à la vaccination complète des enfants, indépendamment du statut socio-économique, de la zone géopolitique, du lieu de résidence, de la parité, de la personne qui décide des soins de santé de la mère et de l’âge de la mère. Ce résultat est cohérent avec les études menées au Sénégal, au Bangladesh, en Indonésie, en Inde et au Zimbabwe, qui ont montré que la fréquentation des soins prénatals d’une mère était étroitement liée à la vaccination complète de ses enfants.
  • Une étude de 20196 sur la couverture vaccinale de base des enfants au Myanmar a révélé que ceux nés de mères qui ont reçu un vaccin contre le tétanos pendant la grossesse étaient trois fois plus susceptibles d’avoir obtenu tous les vaccins recommandés à l’âge de deux ans, par rapport aux enfants de mères qui n’avaient pas reçu le vaccin contre l’anatoxine tétanique.

Le programme d’élimination du tétanos néonatal maternel a été évoqué comme preuve de la faisabilité et du potentiel de la vaccination de la mère pour réduire la mortalité néonatale, en particulier dans les PFR-PRI (Krishnaswamy, S., Lambach, P., & Giles, M.L., 2019)

 

Un bon investissement : la rentabilité de la vaccination de la mère

La rentabilité des différentes stratégies de vaccination de la mère varie selon les pays, le contexte et les priorités sanitaires. Plusieurs études analysant la rentabilité de la vaccination de la mère ont montré qu’elle peut être rentable, en fonction de divers facteurs.

  • Le Brésil a connu une forte augmentation de l’incidence de la coqueluche depuis 2011, qui a particulièrement touché les nourrissons de <4 mois. Une analyse sur la rentabilité réalisée en 20167 a montré que l’intégration du vaccin dcaT universel pour les mères dans le Programme national de vaccination au Brésil pourrait être une intervention rentable. Cependant, une analyse sur la rentabilité de 20208 a conclu qu’une vaccination dcaT universelle chez les adultes ne serait pas rentable.
  • Plusieurs analyses effectuées dans des pays à revenu élevé ont révélé que la vaccination de la mère contre la coqueluche peut être rentable. Une étude de 20189 effectuée au Japon a conclu que la rentabilité pouvait être atteinte, même si seulement 50 % des femmes enceintes recevaient le vaccin. Une étude de 201610 réalisée aux États-Unis a estimé que la vaccination de la mère contre la coqueluche est rentable par rapport à d’autres stratégies de vaccination des adultes pour prévenir l’infection chez les nourrissons trop jeunes pour être vaccinés (vaccination post-partum, vaccination d’un deuxième parent ou vaccination non ciblée d’adultes d’âge comparable).
  • Une analyse de 201611 a déterminé qu’au Mozambique, près de 18 000 cas de tétanos néonatal pourraient être évités chaque année si les femmes enceintes avaient un meilleur accès géographique à un établissement de santé offrant le vaccin contre l’anatoxine tétanique. La réduction des cas de tétanos néonatal évitables par la vaccination pourrait permettre au pays d’économiser entre 183 931 229 et 522 248 480 $ en coûts de traitement annuels et en pertes de productivité.

 

L’avenir de la vaccination de la mère

De nouveaux vaccins prometteurs pour la mère sont en cours de développement pour deux causes majeures de mortalité infantile ayant un impact considérable sur les personnes vivant dans les PFR-PRI : le streptocoque du groupe B (SGB) et la maladie respiratoire syncytiale (VRS).

Le streptocoque du groupe B est une infection bactérienne qui cause chaque année environ 150 000 mortinaissances et décès infantiles évitables dans le monde. Un article d’une revue datant de 201712 estime que le SGB « constitue une part importante du fléau mondial que sont les 2,6 millions de mortinaissances », celui-ci représentant environ 4 % des mortinaissances en Afrique subsaharienne. Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué contre le SGB, mais des travaux sont en cours pour mettre au point un vaccin qui puisse être administré aux femmes enceintes, afin que les nouveau-nés soient protégés avant même la naissance.

Le VRS peut être mortel chez les nourrissons, notamment pour ceux qui vivent dans les PFR-PRI. Chaque année dans le monde, on estime que le VRS entraîne 1,4 million d’hospitalisations au cours des 6 premiers mois de vie et 120 000 décès avant l’âge de cinq ans. Actuellement, les traitements disponibles pour le VRS sont limités, mais plusieurs vaccins sont en cours de développement.

 

Références
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